Et si l’intelligence artificielle vous permettait de travailler quatre jours par semaine, payés comme cinq ? Et si chaque citoyen recevait un chèque parce qu’un robot a bossé à sa place ? Science-fiction ? Non : c’est ce que propose très sérieusement Sam Altman, le patron d’OpenAI, dans un document de politique économique publié le 6 avril 2026 et qui fait déjà trembler Washington.
Intitulé « Industrial Policy for the Intelligence Age: Ideas to Keep People First », ce manifeste de 13 pages ne parle pas de technologie. Il parle de vous, de votre emploi, de votre retraite, de votre pouvoir d’achat. Et ses propositions sont aussi audacieuses que controversées.
Un « New Deal » pour l’ère de l’IA
Sam Altman ne tourne pas autour du pot. Dans une interview accordée à Axios, il compare l’ampleur du bouleversement à venir à deux moments charnières de l’histoire américaine : l’ère progressiste du début du XXᵉ siècle et le New Deal de Roosevelt pendant la Grande Dépression. Rien que ça.
Le constat est glaçant : l’IA approche de la superintelligence, et les structures économiques actuelles — impôts, marché du travail, filets de sécurité sociale — ne sont absolument pas prêtes pour absorber le choc. OpenAI, désormais valorisée à 852 milliards de dollars, estime que les bénéfices de l’IA risquent de se concentrer entre quelques mains tandis que des industries entières seront bouleversées.
« Nous proposons ces idées non pas comme des réponses définitives, mais comme un point de départ pour un débat plus large sur la façon de garantir que l’IA bénéficie à tout le monde. »— OpenAI, Industrial Policy for the Intelligence Age
Altman admet lui-même le double jeu : OpenAI construit la technologie qu’elle nous met en garde contre. Mais il assure vouloir lancer le débat « avec sérieux et urgence ».
Les 4 propositions qui changent tout
1. La taxe robot. Si une IA ou un robot remplace un travailleur humain, l’entreprise devrait payer un impôt équivalent à ce que le salarié aurait versé en cotisations sociales. L’idée, déjà proposée par Bill Gates en 2017, devient soudain très concrète quand c’est le créateur de ChatGPT qui la porte. L’objectif : éviter que l’automatisation ne vide les caisses de la Sécurité sociale, de l’assurance-chômage et des retraites.
2. Le fonds de richesse public. C’est la proposition la plus radicale. OpenAI propose la création d’un fonds national géré par l’État, alimenté en partie par les entreprises d’IA elles-mêmes, qui investirait dans les sociétés liées à l’intelligence artificielle. Les bénéfices seraient redistribués directement à chaque citoyen — un peu comme le Permanent Fund de l’Alaska, qui verse chaque année un dividende à ses résidents grâce aux revenus pétroliers. Sauf qu’ici, le pétrole, c’est l’IA.
3. La semaine de 4 jours, payée 5. OpenAI propose de lancer des programmes pilotes de semaine de 32 heures sans perte de salaire. L’idée : les gains de productivité générés par l’IA ne devraient pas uniquement gonfler les profits des entreprises, mais aussi libérer du temps pour les salariés. Le PDG de JPMorgan Chase, Jamie Dimon, va même plus loin en estimant que l’IA pourrait réduire la semaine à trois jours et demi.
4. Un filet de sécurité automatique. Le document prévoit un système de déclenchement automatique : dès que des indicateurs de déplacement d’emplois liés à l’IA atteignent certains seuils, des aides — allocations chômage, assurance salariale, aide directe — augmentent automatiquement, puis se réduisent quand la situation se stabilise.
Le côté sombre : scénarios catastrophe et critiques acerbes
Le document ne se contente pas de propositions sociales. Il aborde aussi des scénarios glaçants. OpenAI évoque la possibilité de systèmes d’IA dangereux « qui ne peuvent pas être facilement rappelés » parce qu’ils seraient autonomes et capables de se répliquer eux-mêmes. La solution proposée : des « plans de confinement » coordonnés avec les gouvernements, inspirés des protocoles de cybersécurité.
Altman affirme qu’une cyberattaque majeure activée par l’IA est « tout à fait possible dans l’année qui vient », et que la création de pathogènes nouveaux assistée par l’IA « n’est plus théorique ».
Mais tout le monde n’applaudit pas. Anton Leicht, chercheur invité au Carnegie Endowment for International Peace, estime sur X que ce document n’est que de la communication destinée à « couvrir un nihilisme réglementaire ». Autrement dit : OpenAI propose de grandes idées pour donner l’impression d’être responsable, tout en continuant à développer à plein régime.
« Ce sont des changements sociétaux fondamentaux et de lourds chantiers politiques. Ils ne vont pas émerger comme une alternative organique. »— Anton Leicht, Carnegie Endowment for International Peace
Le timing est d’ailleurs remarqué : le document est sorti le même jour qu’une enquête du New Yorker de dix-huit mois sur OpenAI, qui remet en question la fiabilité de Sam Altman sur les questions de sécurité de l’IA. Coïncidence ? Peu de gens y croient.
Pourquoi ça vous concerne directement
Que vous soyez pour ou contre, ce document marque un tournant. Pour la première fois, l’entreprise la plus puissante du secteur de l’IA reconnaît publiquement que sa technologie va provoquer des pertes d’emplois massives et une concentration inédite des richesses — et propose d’y remédier.
Le milliardaire investisseur Vinod Khosla, l’un des premiers financeurs d’OpenAI, pousse d’ailleurs dans la même direction : supprimer l’impôt sur le revenu pour toute personne gagnant moins de 100 000 dollars par an, et compenser en taxant les plus-values au même taux que les salaires. En France, le débat sur la taxation de l’automatisation est déjà sur la table depuis plusieurs années, mais ces propositions américaines pourraient l’accélérer considérablement.
Quoi qu’il arrive, une chose est sûre : le contrat social entre l’humain et le travail est en train d’être réécrit. Et cette fois, c’est une IA qui tient le stylo.
À retenir
- OpenAI a publié un plan économique de 13 pages proposant des réformes radicales pour préparer la société à la superintelligence.
- La « taxe robot » obligerait les entreprises à payer des impôts quand l’IA remplace un humain, pour financer la protection sociale.
- Un fonds de richesse public, financé par les entreprises d’IA, redistribuerait les gains à chaque citoyen — comme le modèle de l’Alaska avec le pétrole.
- La semaine de 4 jours payée 5 deviendrait possible grâce aux gains de productivité de l’IA.
- Des filets de sécurité automatiques se déclencheraient dès que l’IA détruit trop d’emplois dans un secteur.
- Les critiques dénoncent un coup de communication d’OpenAI avant son introduction en bourse, à une valorisation de 852 milliards de dollars.
Photo : Pavel Danilyuk via Pexels